AVSplus: pour que chacun-e accède à une retraite digne

En glissant un oui dans l’urne le 25 septembre, c’est aux retraité-e-s peinant à joindre les deux bouts que je penserai en priorité. Même après une carrière professionnelle «normale», ils sont nombreux à devoir vivre chichement. Un boulanger par exemple, dont le dernier salaire s’élevait à 5500 francs, doit se contenter s’il vit seul d’une rente totale de 3000 francs pour les 1er et 2e piliers.
Et le sort de la boulangère célibataire est pire encore: gagnant souvent à travail égal 20% de moins, elle cotise moins au 2e pilier aussi parce qu’elle a souvent des enfants - voire un parent âgé ou malade - à charge, et donc travaille moins. A la retraite, ses revenus s’en ressentiront si cruellement qu’elle devra probablement, comme 200'000 personnes dans notre pays, recourir aux prestations complémentaires.
Dans ces cas, le mandat constitutionnel selon lequel les rentes AVS-LPP doivent permettre de "maintenir de manière appropriée son niveau de vie antérieur" n'est plus respecté. Voilà pourquoi l’initiative AVSplus réclame d’augmenter les rentes AVS de 10%, soit 2400 francs par an pour les personnes seules et 4200 pour les couples.
La facture de 4,1 milliards serait couverte par une hausse des cotisations de 0,8%. Une solution réaliste, qui représente 0,4% de plus pour les employés comme pour les patrons.
Introduire cette augmentation est urgent: le taux de cotisation de 8,4% n’a plus bougé depuis 1975. Le parlement avait alors accepté de doubler les rentes AVS. Mais en 40 ans, l’espérance de vie s’est fortement prolongée, le taux de natalité a baissé et le nombre de bénéficiaires de rente a plus que doublé. Seul un point de TVA a été ajouté, ce qui explique que l’AVS soit si en retard sur les salaires. Pour preuve: les loyers et primes maladie mangent aujourd’hui les deux tiers de la rente AVS maximale (2350 francs) contre la moitié en 1975. Il est grand temps de contrer la précarisation de notre vieillesse.
D’autant que le contexte a énormément changé avec l’entrée du 2e pilier dans la tourmente. La prévoyance professionnelle est totalement livrée aux aléas des marchés financiers, qui profitent principalement aux banques et compagnies d’assurances, alors que les assurés doivent souvent assumer des pertes de rentes jusqu’à 20%. Face à cette crise et aux difficultés annoncées, il faut renforcer l’AVS, beaucoup plus sûre que la LPP.
Car contrairement à ce qu’on entend régulièrement, notre premier pilier n’est pas en danger. Il suffirait d’augmenter la TVA de 1% pour compenser la hausse démographique jusqu’en 2030, ce qui est tout à fait supportable financièrement. Mais la droite n’en veut pas, et cache une vérité révoltante dont elle porte seule la responsabilité: elle a retiré de l’argent à l’AVS. La Confédération a réduit ses contributions à notre assurance vieillesse de pas moins de 10 milliards de francs à l’occasion des programmes d’austérité successifs de cette dernière décennie.
La stratégie machiavélique du PLR et de l’UDC consiste à faire croire que l’AVS agonise, pour mieux faire passer Prévoyance 2020. La Commission de la sécurité sociale du Conseil national (CSSS-N) vient de donner un violent coup de barre à droite dans cette réforme conjuguée de l’AVS et de la LPP. Alors qu’une réduction des rentes est prévue avec la baisse de 6,8 à 6% du taux de conversion LPP, elle vient d’accepter un mécanisme d’augmentation de l’âge de la retraite à 67 ans en cas de déficit de l’AVS. Non seulement la CSSS-N fait sauter l’âge de référence de 65 ans, mais en plus elle biffe la compensation prévue par les sénateurs sous forme d’augmentation de 70 francs de la rente du 1er pilier. En l’état, Prévoyance 2020 constitue le plus gros démantèlement social de l’histoire.
La votation du 25 septembre offre au peuple une occasion en or de renverser la tendance actuelle, qui est de payer plus pour recevoir moins. Renforcer notre assurance vieillesse est le meilleur moyen de compenser les pertes de la LPP et c’est le moyen le moins cher. Ni avec le 2e ni avec le 3e pilier, les salarié-e-s ne reçoivent autant en retour pour leurs cotisations. Le salarié gagnant 5000 francs verserait 20 francs de plus par mois, pour toucher plus tard un supplément mensuel de 200 francs sur sa rente. Ce serait un grand soulagement pour tous les revenus bas et moyens, raison pour laquelle le Conseil suisse des aînés soutient notre initiative.
Souvenons-nous que l’AVS est la source principale de revenu pour environ deux tiers des retraités. Deux femmes sur cinq dépendent de leur seule rente AVS, contre un homme sur cinq. Voilà pourquoi il faut refuser d’avaler une pilule aussi énorme que Prévoyance 2020 et plébisciter AVSplus.

Valérie Piller Carrard, Conseillère nationale socialiste fribourgeoise

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