Quelle Suisse pour ma fille ?

Chères concitoyennes, chers concitoyens,

Je vous remercie de tout cœur de m’avoir invité à fêter ce 1er Août avec vous ! C’est un grand plaisir pour moi d’être de retour dans cette commune où j’ai passé de nombreux après-midis avec mes copains du CO et du collège.

L’année passée, j’ai fait un discours à Torny pour le 1er Août. À la fin de mon discours, qui avait duré une dizaine de minutes, une dame est venue vers moi et m’a dit : « Monsieur Zurich, c’était très bien ce que vous avez dit. Mais bon… c’était quand même un peu court ! ». Mais je vous promets que je n’ai pas changé mes habitudes depuis l’an dernier.

Ce 1er Août est tout particulier pour moi puisque c’est la première fois que je le fête depuis que je suis papa. En préparant mon discours – et c’est toujours un joli défi de préparer un discours pour la fête nationale ! – j’ai réfléchi à la Suisse que j’avais envie de voir pour ma fille.

Pour ma fille, je voudrais que la Suisse reste le pays d’accueil qu’elle est. Je voudrais que ma fille puisse jouer avec d’autres enfants de son âge, qui auront peut-être trouvé ici un refuge loin de la guerre et de la violence. Qui a envie de voir ses enfants tomber sous les bombes ? Qui a envie de voir les ventres de ses enfants se creuser à cause de la faim ? La Suisse a toujours été une terre d’accueil et d’ouverture. Les huguenots français ont fui les persécutions et les guerres de religion pour se réfugier en Suisse. Au 19ème siècle, les libéraux d’Europe affluèrent en Suisse pour échapper aux violentes répressions en Allemagne, en Italie ou en Pologne. En 1888, le conseiller fédéral Numa Droz, membre du Parti radical, disait que « le droit d’asile est l’un des droits de souveraineté les plus précieux » et que le fondement même du droit d’asile était l’humanité. Certains libéraux-radicaux d’aujourd’hui feraient d’ailleurs bien de s’en souvenir, lorsqu’ils réclament des lois d’asile plus strictes à l’unisson avec l’UDC… Ensuite, ce sont tour à tour Hongrois, Tchécoslovaques, Tibétains, Kurdes, Albanais, Croates, Bosniens, Irakiens, Afghans ou Erythréens qui ont pu échapper à l’horreur et retrouver un peu de quiétude ici. D’autres sont venus en Suisse pour trouver un emploi, et notre pays avait besoin d’eux. Que ça soit pour faire fonctionner nos hôpitaux, construire nos routes ou nos machines, ils étaient venus pour le travail. Aujourd’hui, ils jouent au foot dans le club du village, ont bâti une maison et fondé leur famille. L’ouverture de notre pays sur le monde n’est pas seulement bénéfique pour les personnes que nous accueillons. Non, nous aussi, les Suisses « pure souche » – et là je regarde mes parents pour voir à quel point je suis 100% Gruyérien – avons la chance d’accueillir des gens qui, en plus du fait qu’ils contribuent largement à nos assurances sociales, élargissent notre horizon, nous apportent de nouvelles compétences, de nouvelles manières de penser. Je souhaite que ma fille profite pleinement de cette richesse-là.

Mais, pour que nous et notre pays soyons ouverts, il faut aussi que nous sachions d’où nous venons, que nous connaissions nos racines. Avec des racines fortes, nous pouvons nous ouvrir et prospérer sans crainte de tomber. C’est notamment en chérissant notre culture que nous pouvons renforcer ces racines. Les chœurs, le théâtre, les fanfares sont présents dans presque toutes les communes. Nos villes offrent des musées fabuleux. La Suisse a été peinte, filmée et photographiée par les plus grands maîtres comme par des milliers d’amateurs, qui sortent avec plaisir leur appareil le dimanche matin pour capturer un oiseau ou un lever de soleil sur les Préalpes. Culture des amateurs et culture des professionnels ne s’excluent pas ; elles se complètent, elles échangent et se nourrissent l’une de l’autre. Malheureusement, trop souvent, des idéologues veulent économiser sur le dos de la culture. Mais que deviendrait notre culture si elle n’était plus chantée par les chœurs villageois ? Je me réjouis de mettre ma fille sur mes épaules à son premier concert, de la voir s’émerveiller devant son premier film et rire devant une pièce de théâtre, pourquoi pas en patois. C’est cette diversité que nous devons préserver et encourager car elle contribue à l’identité de notre pays.

Pour ma fille, je voudrais aussi que les meilleures conditions possibles soient offertes aux jeunes pour entamer leur vie. Ça commence dès la naissance, avec un congé parental, parce que nous aussi les papas nous sommes indispensables pour nos enfants, parce que nous aussi les papas nous apprenons tellement à leurs côtés. L’arrivée d’un enfant est si enrichissante. Je suis convaincu qu’une présence paternelle accrue à ce moment-là est bénéfique pour la famille. Il y a les beaux moments, de tendresse, de découverte, qu’on regrette de manquer. Et il y a aussi les moments plus difficiles, où les inquiétudes rendent le fait d’être loin de la maison particulièrement pesant. Avec un seul jour de congé paternité – d’ailleurs j’en aurais eu autant en déménageant… – je n’ai pas pu vivre pleinement ces instants ! Je crois profondément en un congé parental, qui renforcerait la famille, premier pilier de notre société.

Offrir de meilleures chances aux jeunes, ça veut aussi dire offrir une meilleure égalité des chances. Comment expliquer qu’en Suisse le fils du médecin ait plus de chance de faire un jour le métier de ses rêves que le fils de l’ouvrier ? Pour ma part, je ne peux pas concevoir qu’un système scolaire ne permette pas à chacun d’exprimer ses talents et de construire ses compétences. Ça commence par les crèches, qui doivent pouvoir offrir un nombre de places suffisantes pour répondre aux demandes des parents. Ça passe aussi par les classes d’accueil, que l’on tente aujourd’hui de faire disparaître, alors que les enseignants sont déjà surchargés et ne trouvent que péniblement du temps pour s’occuper d’autant d’élèves. Quant au CO, pourquoi garderait-on encore ces sections – exigences de base, générale et prégymnasiale – qui favorisent la discrimination ? Rien que le nom « exigences de base » me paraît regrettable. Ce n’est pas parce qu’un élève a de la difficulté dans certaines branches que l’on ne peut pas être exigent avec lui. Être exigent, c’est lui faire preuve de respect. C’est reconnaître son savoir et ses compétences. En plus, tout le monde a des branches dans lesquelles il est meilleur et d’autres où il est moins bon. Séparer des enfants à 12 ans de cette manière revient à leur couper les ailes – à un âge où chacun a envie de s’envoler vers ses rêves. Ça limite ses chances, restreint ses projets et diminue sa motivation. À mon avis, il serait préférable de n’avoir qu’une seule filière et que, ensuite, chacun puisse par exemple suivre un cours avancé de math s’il a de la facilité dans cette branche et un cours débutant de français si cette branche est plus difficile pour lui. Ça ne demanderait pas forcément des ressources supplémentaires, juste de l’organisation et une meilleure attention portée aux compétences de chaque élève. Une société qui permet à chacun de prendre le meilleur départ possible dans la vie est une société avec des bases solides, puisque les personnes qui la composent sont elles-mêmes solides. C’est aussi une société qui aura moins besoin de récupérer l’un des siens en rade au bord de la route ou aspiré par un mouvement destructeur. C’est donc une société qui investit à long terme.

Une autre valeur que je voudrais transmettre à ma fille est la solidarité. J’espère que nous garderons dans ce pays une culture de l’entraide et du partage. Entre les générations, entre les cantons, entre villes et campagnes. Les sociétés locales sont l’un des éléments de base de cette solidarité. Quand la jeunesse organise le 1er Août – et merci beaucoup pour cette super organisation ! –, c’est un acte de solidarité avec tout le village qui en profite. Quand le village vient écouter chanter son chœur, c’est un acte de solidarité. Cette solidarité nécessite un engagement dont l’importance est capitale pour un pays. Aussi, dans une démocratie comme la nôtre, chacun a la possibilité de s’engager pour défendre ce qui lui tient à cœur, pour changer les choses qui le dérangent. C’est pour cette raison que je me suis engagé en politique : parce que je veux concrétiser mes idéaux de justice, d’égalité et de solidarité. Parce que j’aime mon pays, mon canton et que je veux leur donner ce que je considère comme le meilleur. Je ne peux qu’encourager chacune et chacun à s’engager pour ce qu’il aime, pour ceux qu’il aime. Nous avons la chance de pouvoir le faire.

Merci pour votre attention et belle fête nationale à toutes et tous !

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