Ansprache zum 1. August 2014 in Cressier (FR) - Allocution du 1er août à Cressier (FR)

Chères concitoyennes, chers concitoyens,

C’est un honneur et un grand plaisir pour moi d’être avec vous ce soir dans cette magnifique région : la vue sur les Préalpes d’un côté, la vue en direction du lac de Morat, sur le Jura de l’autre côté. N’est-elle pas magnifique – la Suisse, notre pays, notre nation, que nous célébrons aujourd’hui ? J’espère que vous avez pu profiter de cette belle journée, enfin un vrai jour d’été !

Cressier, commune francophone, située à la frontière des langues : vous comptez probablement presque autant d’habitants suisses alémaniques que suisses romands. Je me permets alors de vous adresser aussi quelques mots en allemand.

Liebe Mitbürgerinnen und Mitbürger, ich freue mich natürlich sehr, auch in deutscher Sprache zu Ihnen sprechen zu dürfen! Ich habe mich gefragt: War es etwa gar eine Überlegung des Gemeinderates, mit mir eine ursprünglich deutschsprachige Rednerin einzuladen, die auch den deutschsprachigen Gemeindemitgliedern etwas bietet? Ich weiss es nicht – aber ich finde es ein schönes Zeichen der Offenheit der Gemeinde Cressier. « Chacun et chacune dans sa langue », sagen wir hier im Seebezirk oft.

Viele unter uns sind sich gewohnt, in beiden Sprachen miteinander umzugehen, und man hört oft, wie munter zwischen deutsch und französisch hin- und her gewechselt wird. Ich werde es heute Abend ebenso handhaben, aber schwergewichtig doch Französisch sprechen.

Wir feiern heute unser Nationalfest, rotweisse Farben sind überall präsent, auch die Bratwurst fehlt nicht. Im ganzen Land werden in vielfältigen Reden die Geschichte und die Zukunft unseres Landes thematisiert. Vielfältig und mit unterschiedlicher Gewichtung werden die Vorzüge und die Werte unserer Nation hervorgehoben und Blicke in die Vergangenheit wie auch in die Zukunft geworfen.

Ici et aujourd’hui à Cressier, nous nous retrouvons sur un site historique, à la place de cette magnifique petite chapelle St Urbain, à l’ancienne croisée des chemins. En plus, on présume ici le lieu du rassemblement des Suisses, et cette chapelle demeure liée au souvenir de la bataille de Morat. C’est évidemment le meilleur endroit pour célébrer la fête nationale.

La croisée des chemins : ici ou ailleurs, on s’y retrouve souvent. Quel chemin faut-il prendre ? Quel destin m’attendrait si je prenais l’un ou plutôt l’autre chemin ? Qu’est-ce que le destin va m’apporter de mieux, si je change de direction et continue sur un autre chemin ?

Cela me rappelle un autre signe que l’on pourra découvrir bientôt dans votre commune : la rose des vents. Une belle image pour votre village qui montre ainsi son orientation dans toutes les directions et son esprit ouvert et optimiste vers un avenir inconnu. La rose des vents qui est symbole du courage qu’il faut pour partir en mer, dans de nouveaux océans.

Par ailleurs, la rose des vents me rappelle également l’intérêt du Conseil communal d’étudier ensemble avec d’autres communes, les possibilités d’installer des éoliennes pour éventuellement pouvoir avancer dans la direction d’une exploitation durable de l’énergie renouvelable qui nous est offerte par la nature. Un pas courageux et innovateur de la commune, qui nous montre à quel point Cressier s’ouvre pour l’avenir. Bon vent alors à la commune de Cressier et à son Conseil communal !

Die Windrose – la rose des vents – oder eben der Kompass, der gerade jetzt in der Ferienzeit ans Reisen erinnert, bringt mich zu einem weiteren Thema:
Wer, wie sicher auch einige unter Ihnen, aus den Ferien im Ausland zurückgekehrt ist, hat feststellen können, wie gut es uns in der Schweiz eigentlich geht – vom Wetter in diesem Sommer einmal abgesehen!

Es geht uns wirtschaftlich gut, die Schweiz ist wettbewerbsfähig, Schweizerinnen und Schweizer konsumieren oft und ausgiebig, die Arbeitslosenquote ist niedrig, erst recht unter Jugendlichen im Vergleich mit dem Ausland.

La Suisse est innovatrice, ses produits – commençons par le chocolat, le fromage et les montres, et terminons avec les produits pharmaceutiques ou chimiques – sont bien appréciés dans le monde entier.

Le taux de chômage et la pauvreté en Suisse sont – même si cela existe quand-même – inférieurs à ceux de l’étranger. La qualité de vie est élevée, notre système social et le partenariat social, qui fonctionnent relativement bien en général, contribuent à la sécurité de notre pays. En plus, nous ne sommes pas directement confronté à des horreurs de guerres ou à des conflits violents – je pense notamment aux conflits dans la bande de Gaza, en Ukraine, en Syrie etc.

Die Schweiz ist ein reiches Land an Traditionen, an Kultur, in wirtschaftlicher Hinsicht oder in seinen Tugenden und Vorzügen – und wir leben in Frieden. Es gibt allerdings auch dunkle Kapitel – und auch diese dürfen wir nicht vergessen.

Eines, mit dem ich mich in den letzten Monaten als Nationalrätin im Gesetzgebungsprozess intensiv auseinandergesetzt habe, ist das Thema der fürsorgerischen Zwangsmassnahmen (mesures de coercition à des fins d’assistance). Oder um mit ein paar Stichworten deutlicher zu machen, worum es geht: Verdingkinder, Fremdplatzierungen, administrative Versorgungen, Zwangsadoptionen, Zwangssterilisationen… en français : enfants placés, placements par décision administrative, adoptions forcées, stérilisations forcées.

Depuis que je m’occupe de ces thématiques, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui sont victimes des mesures de coercition, une pratique qui se poursuivait jusqu’au début des années 1980, alors à une époque où moi-même j’ai commencé mes études. Ce sont des personnes comme par exemple cette jeune femme de 17 ans, amoureuse, non mariée, enceinte. Les autorités voulaient la « rééduquer » - et l’ont placée à la prison des femmes à Hindelbank. Les parents de cette jeune fille pensaient qu’elle était placée dans une maison d’éducation, comme l’indiquait une lettre des autorités, afin que les parents payent pour entretenir leur fille.

Im Deutschschweizer Fernsehen ist kürzlich eine Sendung über diese Frau und ihre Geschichte ausgestrahlt worden. Eine heute etwas über 60jährige Frau, die anfangs 1960 als schwangere Jugendliche im Frauengefängnis Hindelbank platziert wurde, ohne dass sie eine Straftat begangen hätte oder ein Strafurteil gefällt worden wäre.

J’ai eu des appels téléphoniques de personnes qui m’ont raconté leur histoire, des histoires qu’elles n’ont souvent raconté à personne jusqu’à aujourd’hui, par honte, par crainte d’être stigmatisées.

Il y a beaucoup d'histoires de ce genre. Jusqu’au début des années 1980, sur ordre de l’Etat et de la société, des milliers de personnes ont été retirées de leur milieu et enfermées. Ce que l’on appelait alors les « mesures administratives » étaient prises par les pouvoirs publics, sans décision de justice ou possibilité de se défendre. Ces mesures de coercition à des fins d’assistance étaient pratiquées d’une manière qui causait d’énormes souffrances aux victimes. Ce sont surtout les personnes qui ne correspondaient pas aux valeurs sociales et morales, celles qui étaient pauvres ou marginales, qui ont été victimes de ces mesures.

Aujourd’hui, à cette date symbolique du 1er août, entre en vigueur la loi fédérale sur la réhabilitation des personnes placées par décision administrative. Cette loi, en allemand « Bundesgesetz über die Rehabilitierung administrativ versorgter Menschen », est un premier pas, un pas décisif vers une reconnaissance publique de cette injustice qui a eu lieu il n’y a pas longtemps.

Mais il nous reste encore un deuxième pas à faire. La question d’une indemnité financière pour les victimes est toujours ouverte, et pas encore réglée par la nouvelle loi. Elle doit être rapidement réglée, car plusieurs victimes sont déjà âgées et ont vécu ou vivent encore dans la précarité. Elles ont suffisamment attendu. C’est pour cette raison qu’un comité de personnes de différents groupes politiques a lancé ce printemps l’initiative sur la réparation. Encore 30'000 signatures sur un total de 100'000 doivent être récoltées et l’initiative pourra être déposée.

Ce qui m’importe : Malgré notre état de droit, malgré toutes nos lois et nos principes, il n’est pas exclu que des injustices du même type se produisent à nouveau, que des lois soient interprétées d’une manière inacceptable, qu’elles ne soient pas appliquées comme il le faut, que des droits fondamentaux soient violés.

Qu’est-ce qu’on pourrait nous reprocher dans 30 ans, sous un nouveau aspect que nous n’apercevons pas encore ?

Nutzen wir den 1. August und erinnern wir uns an die Werte, die für unser Land so wichtig sind: der Friede und die Neutralität, die Menschenrechte, die Demokratie und die politischen Rechte der Bevölkerung, die Gleichstellung von Mann und Frau, der soziale Geist und die Solidarität; all diese Prinzipien, die unser Land zu dem machen, was es ist: sicher, stark und reich in jeder Hinsicht.

Un des principes qui me tient particulièrement à cœur, est la solidarité. Ce n’est pas par hasard que je porte aujourd’hui un insigne avec un logo, qui montre à la fois la boucle de la solidarité et la croix suisse. C’est l’insigne de cette initiative sur la réparation que j’ai mentionnée. Je vous appelle alors à célébrer aujourd’hui cette journée et notre beau pays, avec toutes ses valeurs importantes et avec toutes ses richesses, sans pour autant oublier les victimes dans notre pays.

Rappelons-nous ce que dit le préambule de la Constitution :

La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres (die Stärke des Volkes misst sich am Wohl der Schwachen)

C’est sur ces propos que se base notre Etat social. Le principe de la solidarité prévaut par exemple dans les assurances maladies, dans l’assurance-invalidité ou dans l’AVS, ceci par la solidarité entre les générations, entre des personnes en bonne et en moins bonne santé ou entre les genres.

Il y a certainement beaucoup d’autres possibilités de se montrer solidaires.
Ce même principe de solidarité est appliqué par Pro Patria, qui donne un soutien aux concitoyennes et concitoyens de l’étranger qui ne roulent pas sur l’or, par la collecte pour l’insigne 2014 sous la devise « attachement à la patrie » (Verbundenheit mit der Heimat), destinée à la jeunesse.

En plus, nous nous mobilisons par solidarité en faveur des régions victimes d’intempéries graves. Malheureusement, ces derniers jours nous avons vécu des intempéries qui ont causé beaucoup de dégâts et qui ont laissé des familles dans des situations difficiles.

Il est donc important de ne pas relever seulement la responsabilité individuelle, mais d’être solidaire et de donner un soutien à des personnes qui n’ont pas les mêmes chances, qui n’ont plus la possibilité de sortir elles-mêmes d’une crise ou de la précarité. C’est ce principe de solidarité qui est au