Message à l’occasion du début du mois de ramadan

Ils sont plus de 20'000 à Genève, et environ 400'000 en Suisse. Demain, les musulmans de notre pays entrent dans le mois de ramadan, un mois consacré au recueillement, à la prière, au partage et à la générosité. Un mois marqué également par le jeûne, du lever du jour à la tombée de la nuit.

Au cours des dernières années, en Suisse, en Europe et dans le reste du monde, la coexistence entre les religions a connu des temps troublés. La mondialisation des échanges, les migrations à l’échelle planétaire sont autant de facteurs qui bousculent les équilibres d’antan et conduisent à de forts questionnements identitaires. C’est aussi le cas dans le monde musulman, où l’on a assisté depuis la fin de l’ère coloniale à une sécularisation lente mais progressive de la société. Cette sécularisation suscite parfois de l’inquiétude dans la population, qui craint de voir ses traditions négligées, au profit d’un monde consumériste, d’un monde sans valeurs, sans fidélité. Au sens fort du terme : d’un monde sans foi ni loi.

C’est probablement cette inquiétude qui a conduit, en symétrie, de trop nombreuses personnes à choisir le chemin des armes, du fondamentalisme, de la confrontation. Voyant leur monde changer, ils recourent à la violence pour retarder l’échéance. Ils fomentent la haine pour éviter le métissage, la mixité, le partage.

En Occident aussi, l’angoisse identitaire peut conduire à des manifestations de repli. Le monde change, et il change vite. Beaucoup ont du mal à faire le deuil de l’homogénéité sociale du passé. L’Occident doit pourtant se rendre à l’évidence : sa prospérité, son avenir même dépendront de plus en plus de l’immigration. Cette immigration est nécessaire, elle est de toute manière inévitable. Cette immigration renforcera l’hétérogénéité de nos sociétés.

Dans ce contexte, en Europe aussi, des manifestations de violence surgissent. Croyant défendre leurs valeurs - en oubliant de les cultiver et de les définir - des mouvements brandissent la menace d’une Suisse, d’une Europe dans lesquelles les valeurs qui font notre raison d’être seraient bafouées : la liberté de conscience, la mixité, la démocratie.

Je suis pour ma part convaincu que ces belles valeurs constituent le cadre au sein duquel toutes les religions peuvent s’épanouir. Je suis convaincu que l’islam, pas plus qu’aucune autre religion, ne serait fondamentalement incompatible avec la démocratie. Au contraire : c’est en acceptant le cadre laïc, républicain et démocratique que chaque religion pourra le mieux apporter à ses fidèles les réponses qu’aucune loi, qu’aucun règlement n’apportera jamais. L’avenir de l’islam, comme l’avenir de toute religion, c’est la république.

Après les catholiques et les protestants, les musulmans constituent la 3e plus importante communauté de croyants de notre canton. Certains sont nés en Suisse, beaucoup sont issus de l’immigration. Ils viennent des Balkans, de Turquie, du Maghreb, d’Asie ou de la péninsule arabique. A l’occasion de ce 1er jour de Ramadan 2010, le protestant que je suis souhaite adresser mes vœux à tous les musulmans de Genève et de Suisse. Les valeurs de la république sont universelles : la liberté de croire ou de ne pas croire, la liberté d’expression, la mixité de la société, la protection des individus contre l’arbitraire et contre la violence, le respect des convictions d’autrui. Ces valeurs républicaines vous et nous protègent contre le fondamentalisme, religieux ou politique. Ces valeurs républicaines sont le toit sous lequel chacun, qu’il soit chrétien, juif, musulman, bouddhiste, agnostique ou athée, peut laisser s’épanouir sa vie spirituelle dans le respect de soi et d’autrui. La République de Genève, en n’étant le lieu exclusif d’aucune religion, est le refuge de toutes

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