L’intégration des étrangers plutôt que l’exclusion et la xénophobie

Scandale! Comment pouvait-on oser pareille propagande! Le populisme et la démagogie ne devaient-ils pas céder à un minimum d’éthique et de respect? Souvenons-nous: l’été 2007 voyait des moutons noirs se multiplier sur les murs de nos cités. Et l’opinion s’indignait. En Suisse comme hors de nos frontières, la population était choquée et se révoltait face à une telle stigmatisation des étrangers. Aujourd’hui, seulement trois années plus tard, l’indignation semble s’être estompée et faire place à une certaine résignation, comme si l’opinion avait été anesthésiée. Une nouvelle prolifération de moutons noirs et l’affiche d’un soi-disant étranger prétendument violeur, que toute personne honnête et saine d’esprit considérerait comme une attaque infondée et raciste, ne constituent aujourd’hui plus qu’un fait banal parmi tant d’autres. Nous serions-nous tous «mithridatisés»? Le roi Mithridate, qui souhaitait devenir insensible au poison, en prenait tous les jours à petite dose, jusqu’à ce qu’il n’y soit plus vulnérable. Aurions-nous trop fréquemment subi la propagande de l’UDC au point de ne plus être sensibles à ce qui se passe autour de nous? Probablement que oui.

Certaines choses nous laissent néanmoins perplexes. Est-il normal de voir des conseillers nationaux et aux Etats, des élus, censés faire partie pour certains d’entre eux, de l’aile modérée de l’UDC, se laisser entraîner par la dérive émotionnelle anti-étrangers qui se répand de plus en plus comme une tache d’huile dans notre pays? N’est-il pas navrant de les voir adopter, les yeux fermés, des positions extrêmes et surtout allant à l’encontre des principes de base de notre Constitution? Beaucoup d’entre eux sont prêts à bafouer la tradition humanitaire de notre pays et se complaisent dans une politique d’immigration se limitant à une simple liste ou, devrais-je dire, une liste simple, de six délits. L’image de notre pays se dégrade peu à peu à cause d’une poignée de politiciens démagogues. Quant à nos voisins étrangers, s’ils définissent l’UDC comme un parti de droite populiste, notoirement xénophobe, ils finissent par l’assimiler à la Suisse elle-même. Il faut l’avouer, l’époque du roi Mithridate ne semble pas si lointaine que cela!

Osons le dire, l’initiative de l’UDC pour le renvoi des criminels étrangers appelle clairement à la xénophobie. Ce constat devrait à lui seul suffire à ne pas voter en sa faveur. Comme si cela ne suffisait pas, l’initiative est également contre-productive, elle est anticonstitutionnelle et n’est pas compatible avec le droit international. Elle est donc totalement «à côté de la plaque» et inepte puisqu’elle ne vise pas les bonnes personnes! C’est ainsi par exemple que, selon le texte de l’initiative, une femme de ménage ayant travaillé au noir pour gagner un peu plus d’argent devrait être renvoyée sans discussion. Par contre, il n’est à aucun endroit prévu dans l’initiative qu’un pédophile soit renvoyé, ce qui prouve les énormes lacunes du texte proposé. L’initiative contient une liste arbitraire et incomplète de délits entraînant le renvoi, qui mélange délits graves et cas bénins. Non seulement, elle est xénophobe, mais en plus inepte.
Il est vrai, l’honnête homme pourrait dans ce cas se dire qu’il faut tout rejeter, initiative comme contre-projet. Cette tentation, celle de l’idéalisme et du purisme inconditionnel, est bien sûr séduisante: au diable la xénophobie, rejetons l’ensemble des choix proposés au peuple! Bien sûr…, mais c’est une illusion de croire qu’on se dédouanerait ainsi de tout danger. Au contraire, on ferait le mal qu’on ne veut pas faire, en favorisant clairement l’initiative xénophobe. J’invite dès lors les purs et durs tentés par le jusqu’au-boutisme du rejet total à mieux juger le contre-projet.

Il convient en effet de regarder d’un peu plus près ce contre-projet, qui vise les réels dangers publics, est plus complet et possède un catalogue d’infractions mieux ciblé sur le plan technique que celui de l’initiative. Par ailleurs, et j’allais dire surtout, le contre-projet contient un article d’intégration qui a pour but d’ancrer dans la Constitution les principes de base de l’intégration dans notre pays. Les étrangers doivent pouvoir participer aux activités sociales, culturelles et économiques de notre pays. En ce sens, l’intégration constitue le meilleur remède aux infractions. Le contre-projet est donc une solution solide, ferme et efficace, liée à une vision pragmatique de l’intégration des étrangers. Il respecte le principe de proportionnalité, valeur si chère à la Suisse. Les puristes que le ­contre-projet ne convainc pas tombent dans le piège de l’UDC et ainsi favorisent son initiative. La volonté d’intégration doit l’emporter sur la volonté de rejet ainsi que sur la xénophobie. Cela passe par l’acceptation du contre-projet.

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