Le modernisme à la sauce socialiste: 4 nouveaux impôts!

Fier comme Artaban, Christian Levrat vient de présenter la plate-forme électorale en dix points du parti socialiste, « le parti de l’intérêt général » d’un petit cinquième de l’électorat. Et le chef des camarades d’insister sur le modernisme de sa vision de la Suisse. Or une lecture critique, même superficielle, en démontre la ringardise. Sans même évoquer une rhétorique de lutte des classes, aux antipodes de la réalité vécue par les habitants de ce pays. Bref, plutôt que par le modernisme, c’est par le misérabilisme que le PS se profile en 2011.

Ce prosélyte d’« une Suisse moderne » propose surtout quatre nouveaux impôts qui frappent tous directement ou indirectement les entreprises. S’y ajoutent encore quatre augmentations des dépenses privées ou publiques et une grosse illusion dans le domaine de l’énergie. Quant à la formation, qui clôt son décalogue à l’eau de rose, elle n’a droit qu’à une incantation de principe : plus d’égalité des chances au service de l’horaire continu, certes. Mais pourquoi pas aussi, voire d’abord, une école plus exigeante, des maîtres mieux formés, l’excellence érigée en principe ?

Dans la perspective des élections fédérales de l’automne, on peut douter que le contenu de cette plate-forme contribue à stopper l’érosion des intentions de vote pour le PS. « Usual suspects » à charge, les nouveaux impôts et assimilés.

  • Un fonds national pour la formation continue, financé par un déplafonnement des cotisations salariales à l’assurance chômage pour les revenus supérieurs à 126 000 francs. Faut-il rappeler la cotisation de solidarité de 1%, pour ces mêmes revenus, liée à la mise en vigueur de la nouvelle LACI dès le 1 erjanvier 2011 ? Ou comment aller trop loin avec toujours plus de solidarité.

  • Un impôt sur les successions supérieures à deux millions pour renflouer les caisses de l’AVS. Cette proposition renseigne sur la définition socialiste de la richesse. Elle sera surtout appréciée des chefs d’entreprise qui entendent pérenniser leur outil de travail ; elle ne pourra qu’inquiéter leurs collaborateurs. Rien pourtant de plus logique : elle exprime marginalement la détestation socialiste de la propriété privée.

  • Une hausse de l’imposition du bénéfice des entreprises pour alimenter les caisses des transports publics. Comme s’il y avait besoin d’enchevêtrer davantage la politique suisse des transports, par cette sanction du succès des créateurs de richesse. Sauf que le PS s’ingénie à contrarier les réformes de la fiscalité, notamment des entreprises.

  • Une taxe internationale sur les transactions financières. Cette vieille lune des alter-économistes était quasiment passée aux oubliettes des utopies. Le PS entend-il dorénavant la créer dans un seul pays ? A l’évidence, tant d’acharnement à l’égard du monde bancaire ne témoigne pas d’une compréhension « moderne » de l’économie mondialisée.

Au fond, en voulant promouvoir l’image d’une « Suisse moderne, ouverte au monde, confiante en elle-même », le PS n’a de cesse d’insister sur les privilèges de certains au détriment de la majorité qui vivrait dans un enfer d’inégalités. Une image de Germinal, en noir et blanc, qui exprime le mythe socialiste que la population est au service de l’économie.

Or cette analyse fait l’impasse sur l’essentiel : le niveau de vie élevé de la grande majorité des Suisses, en absolu comme en comparaison internationale, et même leur place, aux côtés des Danois, en tête des enquêtes comparatives sur le bonheur. On peut y ajouter les résultats encore chauds d’une étude de l’Office fédéral de la statistique sur le bien-être et la répartition des revenus : trois quarts de la population s’y dit très satisfaite de sa vie, et seuls 6,7% se voient confrontés à des privations importantes. C’est humainement trop, c’est objectivement peu.

Trop peu certainement pour capitaliser, d’ici octobre 2011, sur un malheur réduit à une peau de chagrin. Triste dé corrélation, pour ce parti qui y croit toujours, d’avec un sens de l’histoire.

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