Chacun devrait profiter du succès de son entreprise

Il n’y a pas que la justice à être primordiale dans une démocratie, il y a aussi le sentiment de justice et la cohésion sociale. Or avec l’explosion des revenus des « top managers », le sentiment croît chez les citoyens lambda d’être les spectateurs impuissants de la construction d’une société à deux vitesses, deux mesures.

En 1984, le rapport entre les revenus des « top managers » et les salaires moyens était de 1 à 6. Trente ans plus tard, dans les assurances et grandes compagnies il est en général de 1 à 70. Avec des excès inquiétants, comme le ratio de 1 à 720 chez Novartis en 2008… L’initiative 1:12 veut brider cette démesure, en faisant en sorte qu’au sein d’une même entreprise, le personnel le plus haut placé ne gagne pas plus en un mois que l’employé-e à l’autre extrémité de l’échelle salariale en une année. A la longue ces inégalités criantes de salaire ont un effet pervers : elles sous-tendent que l’employé-e n’a que peu de valeur par rapport à son chef. Cette idée mine la cohésion sociale.

Si la droite se cabre face à ce texte, c’est parce que la limite aux excès salariaux qu’il veut fixer questionne la cupidité sans borne qu’elle a érigée en modèle de société. Mais ce modèle contredit la tradition suisse de modestie et de travail sérieux. L’initiative des Jeunes socialistes présente l’immense mérite d’ouvrir le débat sur la justice sociale. Est-il acceptable qu’un CEO d’une banque ne doive travailler que 26 minutes pour le salaire mensuel d’une coiffeuse ? Ne s’agit-il pas plutôt de protéger une élite de profiteurs ?

Les milieux patronaux accusent l’initiative 1:12 de ruiner le partenariat social. Quel toupet de la part de ceux qui rechignent de plus en plus à négocier des conventions collectives de travail ! Faut-il le rappeler ? Les partenaires sociaux ne négocient pas les salaires des dirigeants. Fixer leur limite n’influencera donc en rien ce partenariat. Et les avancées légales dues aux négociations entre syndicats et employeurs n’ont en rien péjoré le partenariat, elles permettent simplement à la majorité des salarié-e-s non soumise à une convention collective d’en profiter également.

Les PME, qui constituent le tissu économique de la Suisse, appliquent déjà à 99 % la fourchette salariale de 1 à 12, tout comme les administrations publiques. En définitive, l’initiative toucherait très peu d’entreprises, essentiellement des multinationales. Mais elle exercerait un puissant effet psychologique, en ramenant un minimum de décence dans l’économie suisse. En introduisant plus de justice sociale dans notre pays, l’initiative 1:12 permettra de sauver la cohésion sociale, qui fonde notre stabilité et donc la prospérité de notre pays. Votons donc oui le 24 novembre.

Maria Bernasconi, conseillère nationale socialiste genevoise

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