Discours du 1er août 2013 au Locle

Mesdames et Messieurs les représentants des autorités,
Mesdames et Messieurs les organisateurs,
Mesdames et Messieurs, chers amis du Locle et environs,

Je tiens tout d’abord à exprimer mes très vifs remerciements aux organisateurs de la fête de m’avoir invité à vous adresser quelques mots ce soir… (en régional de l’étape !)

Ce soir, nous célébrons une fois de plus le pacte fédéral de 1291, ce texte fondateur qui parle de résistance face à l’occupant et de la nécessité de s’unir pour faire face à la convoitise des puissances étrangères de l’époque.

Au-delà des différences qui pouvaient les diviser, les trois communautés d’Uri, de Schwytz et d’Unterwald promettent dans leur pacte de se porter assistance en cas de danger.

En signant cette alliance, les régions situées au cœur de la Suisse actuelle ont décidé de surmonter ensemble leur peur de l’autre et de se soutenir mutuellement. Les trois cantons fondateurs ont osé regarder plus loin que leurs montagnes et que les limites de leurs vallées…ou de leurs communes. Ils ont misé sur l’avenir et sur un destin commun. Ils ont pris le risque de la confiance, ils ont décidé d’unir leurs destins en respectant les autres dans leurs différences et en inventant une nouvelle façon de vivre ensemble.

Qu’est-ce que cela peut signifier pour la Suisse d’aujourd’hui ?

Il faut bien admettre que notre pays se trouve plus que jamais confronté à de très importants défis à relever tant à l’intérieur que dans ses relations avec les autres pays de la planète… qui devenue « un grand village » !

Parmi les défis intérieurs, pour faire vite et en plus de thèmes fondamentaux comme l’emploi ou l’insertion des jeunes dans le monde du travail… j’aimerais souligner en particulier les questions posées par notre avenir énergétique et par notre mobilité. Après les décisions courageuses et ambitieuses (du Parlement et du Gouvernement) de renoncer progressivement à l’énergie nucléaire ; si nous voulons sauvegarder notre qualité de vie et notre indépendance énergétique, nous devons impérativement :

  • Changer nos comportements pour éviter à tous les niveaux le gaspillage d’énergie et développer des appareils (de toutes sortes) qui en consomment moins
  • Nous montrer ouverts au développement de nouvelles sources d’énergie… sans bien sûr tout sacrifier (en matière de protection de l’environnement et du patrimoine), nous devons faire preuve d’ouverture et chercher des solutions de compromis pour développer rapidement des projets concrets dans les domaines :

    • du solaire (thermique et surtout photovoltaïque)
    • de l’éolien, (nous serons appelés à voter en principe en novembre)
    • de la biomasse ou encore en optimisant nos petites centrales hydrauliques
  • Nous ne pourrons pas relever l’important défi de notre avenir énergétique si nous ne sommes pas prêts à évoluer et à faire preuve de courage dans l’innovation !

A propos de la mobilité, notre pays, et surtout notre région… souffrent d’un important retard dans la construction et la modernisation des infrastructures et on sait que celles-ci sont très coûteuses ! Trop coûteuses pour que nos communes et notre canton puissent les financer sans l’aide de la Confédération !

En matière de transports publics, après le refus catastrophique du projet de RER-Transrun… notre canton a perdu 10 ans au moins pour être pris en compte à nouveau dans les projets soutenus par la Confédération ! Et même si nous parvenons à présenter un nouveau projet de véritable RER (prenant mieux en considération les besoins réels de toutes les régions du canton), il n’est de loin pas sûr que la Confédération acceptera de le financer aussi bien que l’ancien projet refusé. Le cas échéant, un tel projet ne pourra pas être réalisé avant l’horizon 2030 car tous les financements octroyés dans le cadre du programme 2025 du fonds d’investissement pour les infrastructures ferroviaires (FAIF) sont déjà attribués et Neuchâtel a été évidemment sorti de cette liste !

Quant aux infrastructures routières, les évitements de La Chaux-de-Fonds et du Locle ne pourront être réalisés et surtout financés par la Confédération (à hauteur d’un milliard environ) que si l’augmentation de la vignette autoroutière à Fr. 100.- par année est acceptée par le peuple le 24 novembre prochain !

Cette importante votation concerne bien entendu aussi le financement d’autres projets dans 18 cantons de Suisse… mais le nôtre est un des plus conséquents. Nous devrons nous battre pour qu’une majorité des citoyens accepte que les infrastructures routières ont un coût important et que les automobilistes (de plus en plus nombreux) doivent accepter de passer à la caisse (bien modestement en comparaison avec les tarifs des péages pratiqués dans les pays voisins !). Nous devons surtout faire appel, dans l’esprit du pacte de 1291, à la solidarité des régions de notre pays qui ont déjà été bien mieux servies que la nôtre, dans les années passées, en matière de construction de routes nationales !

J’aimerais encore porter un bref regard sur la position de notre pays dans le contexte international.

Ces derniers mois, la Suisse a été et est aujourd’hui pointée du doigt par de nombreuses autres nations. Certes la façon relativement favorable avec laquelle nous avons traversé la crise financière (de 2008-2009) et avons pu gérer ses conséquences sur l’économie, l’emploi et les finances publiques aiguise des jalousies et on peut le comprendre. Toutefois, nous devons être attentifs et sensibles aux critiques de plus en plus virulentes sur nos pratiques en matière bancaire et fiscale. En effet, le secret bancaire et les pratiques douteuses de certaines banques quant à l’accueil de fonds étrangers non déclarés au fisc ont fait perdre des milliards aux finances publiques de certains états. Certes, notre pays n’a pas été le seul à pratiquer de la sorte (certains paradis fiscaux existent encore)… mais aujourd’hui, on sent au plan international, une volonté de plus en plus ferme de réclamer beaucoup plus de transparence et l’échange automatique des données en matière fiscale va devenir la règle. Personnellement, je suis d’avis que la Suisse devrait l’admettre et ne pas s’enfermer dans une attitude irréaliste de refus et de repli qui risque bien de nous isoler complètement !

Notre pays, qui gagne près de 2 francs sur 3 en exportant à l’étranger ses produits à haute valeur ajoutée n’est pas une île… et les partisans de l’isolationnisme et du refus de collaborer avec l’étranger en matière de fiscalité devraient ouvrir les yeux sur cette réalité. Leurs raisonnements à courte vue voulant s’accrocher à tout prix à des privilèges d’un autre âge, et éthiquement plus que discutables, risquent de nous conduire dans le mur.

Pour terminer, j’aimerais illustrer cette attitude à l’aide d’une image tirée d’une histoire juive.

Un homme que l’égoïsme et la pingrerie avait permis de s’enrichir vint trouver le rabbin pour qu’il l’aide à retrouver la joie de vivre (qu’il avait perdue). Le rabbin lui dit :

  • Regarde par la fenêtre et dis-moi ce que tu vois… il répondit :
  • Je vois une foule de gens… et le rabbin lui tendit ensuite un miroir et ajouta :
  • Regarde dans ce miroir et dis-moi ce que tu vois… l’homme répondit :
  • Je me vois moi-même… et le rabbin ajouta :
  • Et tu ne vois plus les autres !

Or la fenêtre et le miroir sont faits du même matériau : du verre. Mais pour fabriquer un miroir, on recouvre le verre d’une pellicule d’argent par derrière.
Lorsque l’argent recouvre tout et s’interpose entre les autres et toi, tu ne vois plus les autres, tu ne vois plus que toi !

C’est là un grand danger que guette actuellement notre pays : S’il ne s’intéresse qu’à son argent, qu’il ne voit plus que ses propres intérêts financiers à court terme, il ne voit pas les problèmes globaux de notre planète et il risque l’isolement le rejet et la déprime !

Non, Mesdames et Messieurs, l’avenir de notre pays ne doit pas être dans cette direction ; il doit se dessiner dans l’ouverture aux autres et à la collaboration avec eux pour porter de façon transparente et solidaire les problèmes qui dépassent de plus en plus nos frontières !

Dans l’esprit de 1291, les différentes régions de notre pays doivent se montrer unies et solidaires pour relever ensembles les défis de notre avenir et l’ensemble du peuple suisse, ainsi que les autorités qui le représentent, doivent faire preuve d’ouverture et de courage pour participer activement à la recherche de solutions aux problèmes qui se posent au plan international.

Excellente fête à chacune et à chacun… et merci de votre attention !

Jacques-André Maire
Conseiller national

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