Rejet de l’initiative parlementaire « Une semaine de vacances en plus pour toutes et tous »

Le Conseil national a refusé lundi, par 123 voix contre 50, l’initiative parlementaire que j’ai déposée pour une semaine de vacances en plus pour toutes et tous. Son contenu était pourtant une proposition modérée, puisqu’elle demandait une modification de l’article 329a alinéa 1 du Code des obligations, afin d’assurer à chaque travailleur cinq semaines de vacances par année, et six pour les travailleurs jusqu’à l’âge de 20 ans révolus ainsi qu’aux travailleurs dès l’âge de 55 ans.

Cette initiative parlementaire a en fait été déposée suite au vote populaire du 11 mars 2012 sur l’initiative « 6 semaines de vacances pour tous ». Le peuple a tranché et il nous faut respecter sa décision et entendre les arguments de ceux qui se sont opposés à cette proposition durant la campagne de votation. C’est justement ce que cette initiative parlementaire aurait permis :

  • Elle respectait l’argument selon lequel un passage de 4 à 6 semaines aurait été trop brusque et qu’une solution à 5 semaines serait plus adéquate et plus réaliste.
  • Elle prenait en compte la situation particulière des travailleurs âgés.

Depuis 1984, la durée légale des vacances n’a plus été augmentée. Et pourtant, en trente ans, le monde du travail a profondément évolué. La productivité a d’ailleurs, contrairement aux bas et moyens salaires, très nettement augmenté. Les travailleurs n’ont jusqu’à présent que peu profité de cette augmentation de la productivité dont ils sont pourtant les principaux artisans.

Ces changements dans le monde du travail ont aussi des aspects nettement plus négatifs au niveau humain. En effet, la charge de travail et l’exigence de flexibilité augmentent souvent au détriment des travailleurs et ces nouvelles conditions de travail ont des répercussions sur la santé des employés. Le stress est en constante augmentation. Si plus de 80% des travailleurs déclarent souffrir du stress sur leur lieu de travail, pour 30%, ce stress est négatif et chronique, et affecte leur santé. Cela est évidemment néfaste pour notre économie et a des coûts énormes pour notre société : deux arguments qui devraient parler à de nombreux parlementaires présents dans cette salle. Le SECO chiffre à 10 milliards par an les coûts engendrés par cette surcharge de travail. Au-delà des chiffres, ce sont des souffrances réelles vécues par une grande partie de la population de notre pays. En décidant de fermer les yeux et de rester passif, le Parlement sera responsable de la dégradation de la situation.

Cette proposition était pourtant réaliste en comparaison internationale, y compris avec les pays dont l’économie se porte extrêmement bien. Surtout, cette initiative parlementaire correspondait à la réalité vécue par la plupart des travailleurs en Suisse. La moyenne nationale est déjà de 5 semaines. C’est d’ailleurs le cas également dans les secteurs qui connaissent pourtant une situation plus difficile actuellement, comme l’hôtellerie-restauration. De nombreuses CCT vont même plus loin. En fait, ce sont aujourd’hui les travailleurs qui ont les moins bonnes conditions de travail et les plus bas salaires qui, en plus, ont le moins de vacances. Cette situation va malheureusement perdurer.

Enfin, cette proposition aurait permis de tenir compte de la situation des travailleurs de plus de 55 ans. En effet, dès cet âge, le risque d’invalidité augmente fortement : 20% des hommes touchent une rente AI juste avant la retraite. Quant aux retraites anticipées non volontaires, 40% d’entre elles le sont pour des raisons de santé. Il serait justifié de tenir compte du besoin des travailleurs plus âgés à davantage de repos pour se régénérer. Cette réalité est d’ailleurs reconnue dans la plupart des CCT.

En refusant cette initiative, le Parlement n’a pas voulu d’une proposition raisonnable, réaliste et nécessaire pour de nombreux travailleurs de notre pays.

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