Une session contre les régressions réclamées par l’UDC

Lors de la session spéciale close le 17 avril, nous avons combattu avec succès deux initiatives populaires de l’UDC, contraires aux intérêts des familles modernes : l’initiative contre le remboursement de l’avortement par l’assurance maladie de base, et celle qui veut que les parents gardant eux-mêmes leurs enfants bénéficient des mêmes déductions fiscales que ceux qui les confient à l’extérieur.

L’initiative dite « pour les familles » défend les seuls intérêts des familles traditionnelles riches, celles que vénère l’UDC. L’historique de ce texte vaut la peine, tant il met en évidence les contradictions de ce parti : en 2009, il s’était indigné lorsque le parlement avait décidé d’introduire une déduction fiscale pour les parents faisant garder leurs enfants par des tiers. L’argument de la majorité était alors de rétablir l’égalité de traitement pour les familles dont le revenu était diminué par les frais de garde, selon le principe de l’imposition d’après la capacité économique. Certes modestes, ces déductions fiscales sont une des mesures nécessaires pour commencer à mener une politique familiale digne de ce nom, notamment en rendant le travail des femmes plus attrayant économiquement. C’est enfin chose faite depuis le 1er janvier 2011, et cela irrite l’Union démocratique du centre, qui tient dur comme fer à garder les femmes derrière les fourneaux.

Je trouve donc cocasse que l’UDC vaincue revienne maintenant revendiquer la même déduction fiscale pour les familles qui ne font justement pas garder leurs enfants par des tiers, autrement dit pour les familles qui n’ont pas de frais de garde ! L’art de retourner un raisonnement à son avantage… et sa veste par la même occasion, sans craindre le ridicule ! Et dommage qu’une majorité du PDC se soit associée à ces manoeuvres électoralistes.

En combattant toutes les mesures en faveur des familles modernes (article constitutionnel sur la famille, subventionnement des frais de garde, soutient à la création de places d’accueil, allocations familiales, etc.), l’UDC démontre son incapacité à accepter la réalité : en Suisse, trois quart des femmes exercent une activité professionnelle. La conception rétrograde qu’à l’UDC de la famille va de pair avec sa vision mythique de la Suisse.

En prétendant faire des économies en rayant l’interruption de grossesse de l’assurance maladie de base, ce même parti attaque d’autres acquis récents, par une initiative des ultras conservateurs et de l’association baptisée « Mamma ». A l’origine de l'initiative pour l'interdiction totale de l'avortement, cette association a mené ensuite la campagne contre le régime du délai. C’est après sa double défaite qu’elle a lancé l’initiative actuelle, qui vise cette fois le non-remboursement de l'IVG, faisant la quasi unanimité contre elle également du côté de la Ligues suisse des femmes catholiques et de la Fédération des églises protestantes. Ce texte est néfaste : l’accès à l’IVG se trouverait entravé. Avec des conséquences particulièrement dramatiques pour les femmes sans ressources : migrantes, très jeunes femmes ou au chômage par exemple.

Un moins bon accès à l'interruption de grossesse effectuée selon les règles de l'art engendre une mise en danger de la santé et de la vie des femmes. Car les avortements clandestins et le recours à des méthodes "do-it-yourself" risquées, comme par le passé, augmentent. Et aussi parce que les femmes devant d'abord se procurer l'argent nécessaire, les interruptions se font à un stade plus avancé de la grossesse, donc avec plus de risques.

Dans le texte de l'initiative, les "rares exceptions" remboursées par l'assurance restent obscures. Seuls le viol et le danger de mort pour la femme enceinte sont mentionnés. Qu'en serait-il dans le cas d'une malformation fœtale grave ou d'un risque sérieux pour la santé de la femme, sans qu'il y ait danger de mort?
Les partisans de l’initiative estiment que les femmes qui le désirent n’ont qu’à contracter une assurance privée contre le risque de grossesse…Comme si les femmes étaient les seules responsables du contrôle des naissances et surtout comme si elles prévoyaient d’avorter ! L’avortement est un événement douloureux que personne ne planifie. Rappelons aussi qu’un accident de contraception est vite arrivé. De plus, beaucoup de femmes peinant déjà à payer leur prime de base, on voit mal comment elles financeraient des complémentaires. C’est une question de justice sociale : l’avortement a sa place dans le catalogue de base.

Le Conseil des Etats dira prochainement ce qu’il en pense, mais au National, les deux initiatives ont été rejetées à de confortables majorité. N’en déplaise aux ultraconservateurs de ce parlement, qui ont tout fait pour empêcher la création de l’assurance maternité, et qui se battent avec conviction contre toutes mesures de politique familiale. En réalité, le but ultime des initiants est de revenir à une interdiction de l’avortement. Le droit à l’avortement est un acquis qui a nécessité des décennies d’engagement. De grâce, ne régressons pas !

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