Le droit à la non-intégration – ou c’est quoi la suissitude ?

Mettre l'accent sur l'intégration, c'est le but de la révision de la loi sur la nationalité, qui a provoqué un débat aux relents nauséabonds récemment au National. De la poudre aux yeux a été jetée, en affirmant qu’un tour de vis sur les conditions de naturalisations permettra de réduire les problèmes de violence chez les jeunes. Avec succès puisque le Conseil s’est montré encore plus strict que le gouvernement : il a décidé que 10 ans de séjour seraient nécessaires au lieu de 8 pour entamer une procédure de naturalisation, que les jeunes ne seraient plus favorisés dans le comptage de ces années et surtout que le permis C serait obligatoire.

De son côté, le Conseil fédéral vient de mettre en consultation une modification de la loi sur les étrangers, qui permet notamment de retirer l’autorisation de séjour à un étranger qui ne respecterait pas la convention d’intégration signée avec les autorités.

Intégration, le mot est sur toutes les lèvres, il est utilisé à toutes les sauces… Lorsqu’il est brandi par l’UDC (sans parler des autres partis de droite !), ça devient parfaitement comique : par exemple, lorsque ce parti exige des étrangers ce que lui-même est incapable d’accorder aux femmes suisses: l’égalité. En effet, une disposition de la future loi sur la nationalité précise que les candidats à la naturalisation, en particulier le conjoint, doit veiller à ne pas empêcher madame de s'intégrer.

D’ailleurs, que signifie être intégré-e dans un pays où les différences culturelles sont non seulement nombreuses mais aussi très fortes? J’ai moi-même hérité de ce multiculturalisme : née à Zürich d’un père tessinois, j’ai vécu à Lucerne et suis établie depuis 30 ans à Genève… J’estime que c’est une richesse, tout comme la présence des différentes communautés d’étrangers résidant chez nous.

Je souris aussi en pensant aux Suisses peu intégrés que je connais : ils ont peu d’amis, ils sortent rarement, ils n’appartiennent à aucune association ou club… et la plupart passent leur temps devant la télévision. Sans parler des 50% des Suisses qui ne vont pas voter ! Si personne ne le leur reproche, c’est qu’il existe un droit à la non-intégration. C’est le droit de mener sa vie comme on l’entend, d’établir des contacts avec qui l’on veut, c’est une liberté au quotidien qui donne tout son goût à la vie. Ce droit je le revendique aussi pour l’individu étranger qui respecte les lois.

Je rappellerais à la droite, que si notre pays compte une forte proportion d’étrangers et étrangères, c’est notamment parce que la Suisse naturalise peu; c’est donc le résultat d’une politique qu’ils ont voulue. Et puis la Suisse n’est pas menacée par des vagues de naturalisations massives….Regardons ce que disent les chiffres : en 2010, seuls 2% des 740'000 personnes remplissant les critères ont demandé le passeport à croix blanche. Cela signifie qu’il y a en Suisse énormément d’étrangers et étrangères parfaitement intégré-e-s, mais qui n’entreprennent pas les démarches de naturalisation précisément à cause des obstacles de la procédure. Dans ce contexte, il est absurde de vouloir encore rehausser le barrage. Une question me titille : pourquoi le droit à la naturalisation n’est pas plus utilisé par ceux qui le pourraient? Et si toutes ces personnes n’avaient tout simplement pas envie de devenir Suisse, vu l’étroitesse de nos vues et notre petitesse sur certains sujets… ?

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